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21 novembre 2018 3 21 /11 /novembre /2018 19:59

Malgré une certaine désorganisation, force est de constater que dans le Segréen, le mouvement des gilets jaunes s’est déroulé dans une ambiance globalement bon enfant, et n’a pas connu de dérapage majeur jusqu’à présent. C’est probablement lié au sens des responsabilités des porte-paroles qui ont su canaliser les ardeurs des plus vindicatifs.

Il n’en demeure pas moins que je reste en désaccord sur deux points :

  • La fronde anti taxes n’est pas opportune dans le sens où sans moyens, ni l’Etat (éducation, santé, défense…), ni la Sécurité sociale (remboursement des médicaments, retraite, soins hospitaliers…), ni les collectivités (rénovation de centreville, centre culturel, bâtiments scolaires…) ne pourraient assurer les services dont tous les citoyens bénéficient ;
  • Le pseudo apolitisme avec la présence le 17 novembre sur le rondpoint et sur la page facebook de l’ex responsable départementale du FN, la publication de textes ou vidéos complotistes, par exemple du « salon beige » d’un « conseil national » qui utilise un verbiage anti francs-maçons.

Toutefois, le mouvement des gilets jaunes démontre qu’il existe deux lieux de relégation sociale en France, et où les statistiques de l’INSEE recense les revenus moyens et médians les plus faibles :

  • Les cités populaires des grandes villes qui ont connu depuis 30 ans des révoltes récurrentes, avec un paroxysme en 2005 ;
  • Les zones à la périphérie des aires urbaines et les zones rurales isolées, là où le mouvement des gilets jaunes a émergé, et persiste.

La majorité des sociologues font le constat suivant sur ce mouvement qui a émergé sur les réseaux sociaux sans le cadrage de partis politiques ou de syndicats :

 

  • Les membres sont en partie issus de la classe moyenne basse. Ce ne sont ni les très pauvres, ni la classe moyenne supérieure ou les très riches ;
  • C’est très souvent leur première mobilisation ET/OU manifestation ;
  • Leurs revenus ont stagné depuis la crise de 2008. Ils ont des dépenses contraintes fortes (emprunts, assurances…) et une augmentation du prix du pétrole a un effet direct sur leur niveau de vie ;
  • Les territoires dont ils sont issus proposent des emplois dans l’industrie et les services pour une partie mal rémunérés, par exemple dans l’agroalimentaire, l’aide à domicile, les services à la personne… ;
  • Les industries de ces territoires sont souvent des soustraitants, ET/OU des filiales de groupes industriels. Les emplois qualifiés sont principalement
  • Dans ces territoires, il existe peu d’emplois de service qualifiés et bien rémunérés car les entreprises de ces secteurs ont besoin d’une accessibilité rapide aux centres de décision y compris à Paris. Elles préfèrent s’installer à proximité d’une gare TGV ou d’un aéroport… ;
  • Ces territoires ont perdu un certain nombre de services publics, ou d’acteurs privés au service du public tels que les médecins, les spécialistes… Les cadres préférant habiter dans ou à proximité des grandes agglomérations ;
  • Les lignes de train de proximité ont été supprimées, rendant obligatoire l’usage de la voiture ;
  • Les actifs et habitants de ces territoires ne bénéficient pas ou peu des richesses créées par la mondialisation ; Ils en bénéficient à la marge. En effet, que serait devenu Paulstra sans les contrats de sous-traitance avec BMW ou pour l’aéronautique ?
  • Dans ces territoires, le pouvoir politique local a perdu sa crédibilité et son rôle d’interlocuteur de la population. Les élus locaux des majorités ou minorités a perdu le contact avec la réalité du terrain.

Il est symptomatique que le mouvement des gilets jaunes ait vite disparu à Château-Gontier alors qu’il se maintient à Segré. Force est de constater qu’à Château-Gontier, le niveau de revenu moyen et médian est plus élevé, et que des entreprises locales telles que Réauté et V&B s’y soit développées, permettant aux jeunes  qualifiés de ces territoires de rester au pays, et les élus de Château Gontier laissent plus les citoyens participer à la vie politique, syndicale ou associative.

Force aussi de constater qu’avec des organisations d’éducation populaires très affaiblies comme les partis politiques, les syndicats, les associations, nos territoires souffrent plus que d’autres. Ainsi, il suffit de penser au parcours d’un ancien jeune de Segré, Jean Monnier, qui  grâce à la JOC et la CFDT, a pu émerger, se construire une conscience politique et syndicale. Quelles sont les organisations qui permettent encore aujourd’hui sur nos territoires à des gens issus du monde ouvrier de se construire une conscience politique et syndicale ou associative, et d'être en capacité d’agir pour leurs concitoyens ?

L’émergence du mouvement des gilets jaunes n’est pas une surprise, elle couvait depuis longtemps. Il manquait l’étincelle. Depuis longtemps, les échanges que je pouvais avoir en ville, dans les cafés, sur les terrains de sport  m’inquiétaient.

Ce qui était le plus édifiant, c’était l’absence de prise de conscience de cette colère sourde et froide qui couvait par les élites angevines, qu’elles soient politiques ou économiques. Et les passagers du TGV de 6h48 pour Paris, dont je fais partie, ne semblent pas en avoir encore pris la mesure de cette coupure entre plusieurs France.

Deux axes de sortie de crise sont possibles :

  • Nationalement avec un Etat qui enfin prenne la mesure de l’impact des décisions prises depuis une trentaine d’années qui affaiblissent la France périphérique ;
  • Localement avec des élus qui favorisent la vie citoyenne, qui ne méprisent pas les organisations politiques et syndicales, qui soutiennent la diversité de la vie associative y compris lorsque les idées ne viennent pas d’eux ou de leur clan.

Il n’est pas trop tard mais la marche sera très haute à franchir pour rétablir la confiance. Ce qui est certain, c’est qu’il est nécessaire de respecter et comprendre le mouvement des gilets jaunes pour ne pas voir les extrémistes récupérer cette colère.

 

 

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Emmanuel Drouin

Habitant le centre-ville de Segré, je suis enseignant en économie à l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers. Responsable d’une association de solidarité, puis d’un club sportif, j'ai acquis la conviction que pour Segré, la concertation avec les habitants et les acteurs du territoire est la démarche pour construire un projet ambitieux. Au quotidien, mon action se porte vers la constitution de ce projet des Segréens. Je travaille avec mon équipe et les élus de l’opposition de Segré. J’échange aussi avec les élus du Maine-et-Loire et d'autres départements. Souhaitant sortir Segré de son immobilisme, j’ai les compétences et l’équipe pour le faire.

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